DH "L’amour place Placebo au 7e ciel", Sep'13

BASILE VELLUT
Publié le lundi 16 septembre 2013


La bande de Brian Molko est de retour. Vraiment car Loud Like Love est excellent.

Battle for the Sun nous avait laissé sur notre faim, comme si Brian Molko et Stef Olsdal, délestés de Steve Hewitt remplacé par l’exubérant Steve Forrest, n’avaient pas encore résolu leurs problèmes, trouvé une solution à leurs tortueux problèmes, baissé le tempo de leurs addictions. Quatre ans plus tard - une éternité -, le trio démontre qu’il ne s’est pas égaré en route alors que les chemins de traverse avaient des allures d’autoroute. Loud Like Love est percutant, bien balancé et tranchant. Rencontre avec un Brian Molko qui a retrouvé une certaine flamme et pas seulement dans ses yeux mutins.


Brian, sur le nouvel album, un thème semble récurrent même s’il est universel : l’amour. Cela vous a posé un problème quand vous vous en êtes rendu compte ? Ou au contraire, c’était la direction voulue pour l’album ?

"Non, nous n’avons pas choisi de faire un album sur ce sujet-là sciemment. On s’est rendu compte à peu près un mois ou deux après qu’on eut commencé à écrire qu’il y avait un thème qui se présentait. Nous avions le choix de suivre notre instinct ou de passer à un stade intellectuel. Est-ce que le sujet est particulièrement Placebo ? Avec un peu de recul, je pense qu’à travers notre carrière, nous avons écrit beaucoup de chansons à propos de l’amour. C’est important que ce ne soit pas un album avec dix chansons d’amour pop, style Baby I Love You. Mon propos c’est plus des sujets comme l’obsession, la jalousie, l’amertume, l’absence d’amour, la difficulté d’aimer,… Ce n’est pas nécessairement vis-à-vis d’un être humain, c’est l’amour que l’on peut éprouver pour une idée, une relation, une substance, une relation destructrice, par exemple. Je pense que c’est plus dix petites histoires, comme dix petites nouvelles avec un thème qui les unit. On approche le même sujet de dix angles différents. Le premier morceau de l’album est quand même assez positif, optimiste. Cela traite d’émotions plus complexes dès la deuxième chanson."


C’est l’album dont les paroles vous sont les plus personnelles mais n’est-ce pas logique quand on sait que certaines chansons étaient destinées à un éventuel album solo ?

"Un petit peu. Je me suis dit que si j’écrivais des chansons pour me faire plaisir, pas pour le groupe mais pour un projet personnel, pour moi c’était important d’aborder ça de manière différente, avec des sons différents, avec des sons qui ont davantage à voir avec la musique que j’écoute moi-même car je n’écoute pas beaucoup de rock. Quand j’ai écrit Hold on to me, Scene of the crime ou Rob the bank, je n’avais qu’une règle pour que cela ne ressemble pas à du Placebo : je n’avais pas le droit d’utiliser des guitares électriques saturées. J’ai écrit au piano, avec une guitare acoustique, des synthés vintage des années 70. Quand j’ai apporté ces chansons au groupe, il y avait déjà un angle sonique différent. Nous avions le choix de suivre cette sorte de direction instinctive parce que souvent je crois qu’on découvre à travers le processus lui-même ce qui est important pour nous, ce que nous avons envie d’écrire. Il m’est nécessaire de mettre ces émotions ou ces faits réels dans une sorte de prisme de l’écriture d’une petite fiction pour avoir la liberté d’être personnel."


Le projet solo est reporté ?

"Aucune idée, peut-être qu’un de ces jours, j’aurai le temps. C’est juste une question de temps, il faut se motiver différemment qu’avec une énergie de groupe. C’est différent, plus solitaire bien sûr. Je ne suis pas aussi prolifique que Jack White qui n’arrête pas, qui ne fait que sortir des morceaux. Dans quelques années, on fêtera les vingt ans de Placebo : ce sera peut-être un bon moment pour prendre un peu de recul, pour réévaluer les choses puisqu’on a le sentiment ces jours-ci qu’on n’a rien à prouver, peut-être que nous chercherons des contextes différents pour être moins dans notre zone de confort. Peut-être ou peut-être pas."


Si vous n’êtes pas aussi prolifique que Jack White, c’est parce que vous n’avez pas d’inspiration ou parce que vous avez d’autres centres d’intérêt ?

"Jack White, t’as l’impression qu’il ne fait que ça. La musique et son label. Il y a des gens comme ça. C’est différent pour moi, je ne me sens pas comme une sorte d’industrie. J’ai d’autres choses dans ma vie. Quand je ne bosse pas, je passe la plupart de mon temps à essayer d’être un père, ce qui est très important pour moi. Et c’est très important pour moi de trouver l’équilibre entre la musique et être père de famille. C’est de plus en plus une priorité au fur et à mesure des années. C’est plus important de donner à cet aspect de ma vie qu’à Placebo. Dès qu’il aura quinze ans ( Cody, le fils qu’il a eu avec Helena Berg, l’auteur de quelques pochettes de singles de Placebo, est né en 2005), ça changera, il ne voudra plus passer du temps avec moi et que je deviendrai hyper-prolifique."