Rock Touch "Brillant Brian", May-Jun'06


Notre patience est finalement récompensée : Placebo sort MEDS, un nouvel album qui marque pour le groupe un retour aux guitares. Brian Molko nous a reçus pour parler du passé, du présent et du futur du trio rock le plus aimé des Français.

La dernière fois que nous avions vu Placebo en France, avant la sortie de l'album, c'était pour le Live 8, au mois de Juillet dernier, que retires-tu de cette expérience ? 
Brian Molko : Toute la journée, on a répété pour jouer quatre chansons. Tu es à peine rentrée sur scène que c'est déjà fini. Ce n'est donc pas très intéressant sur la plan musical. Mais notre performance n'était pas le plus important. Il fallait surtout être là et participer à ce grand concert contre la pauvreté. 

Est-ce important pour toi que Placebo prenne position sur des questions politiques ? 
Brian : Cette fois là, il s'agissait surtout d'une cause humanitaire. Des fans de Placebo qui n'avaient pas pensé à ce problème ont peut être commencé à s'y intéresser. Que nous puissions parler de famine et de pauvreté dans le monde de façon ouverte est une bonne chose. 

As-tu eu l'occasion de rencontrer des artistes ? 
Brian : C'est difficile car tu te retrouves en sandwich entre Florent Pagny et Zucchero... Ce n'est pas vraiment notre monde ! Nous avons regardé les Cure, c'était assez cool. 

Parlons du nouvel album. J'ai l'impression que vous avez voulu revenir aux origines... 
Brian : Après "I Do" et "Twenty Years", nous pensions prendre une direction électronique. Assez rapidement, pendant les sessions d'enregistrement, on s'est mis d'accord Dimitri Tikvoi, notre producteur, pour extraire l'essence de Placebo, nous souhaitions produire quelque chose de réel, de presque basique. L'album a été enregistré dans un studio qui n'a pas été rénové depuis les années 1970. Je pense que cela à contribué à sonner ce son plus classique. 

Vous avez utilisé un orchestre par exemple... 
Brian : Oui, c'est la premiere fois que nous faisons cela pour un album. C'est nouveau pour nous. Sur plusieurs des albums précédents, on s'était dit que ce serait trop facile de recourir à un orchestre pour nos chansons. Beaucoup de groupes utilisent des cordes quand ils n'ont plus d'idées. Nous avions peur de cette facilité. Finalement les chansons réclament l'utilisation d'un orchestre. Nous ne nous sommes pas censurés. 

Combien aviez-vous de chansons avant d'entrer en studio ? 
Brian : Une vingtaine. Pour plusieurs d'entre elles, on avait l'impression que c'était les meilleurs qu'on ait jamais écrites. On a suivi l'émotion de chaque chanson. C'est vraiment la particularité de l'album : les morceaux ont guidé l'évolution du disque. 

Es-ce que tu avais des influences au moment de l'écriture du disque ? 
Brian : Je n'en avais pas vraiment. C'était important de na pas écrire avec beaucoup de références en tête. Nous avons essayé d'écrire le disque comme si on était coupés du monde. Je suis d'ailleurs parti en Inde plusieurs mois pour trouver l'inspiration. Je n'écoutes plus trop de rock, plutôt des chanteurs comme Anthony & The Johnsons ou Rufus Wainwright. Pourtant, notre album sonne plus brut en direct. Je pense que c'est aussi la conséquence de tout ce rock qui est en nous mais qu'on n'écoute pas. 

Quel est le thème de "Song To Say Goodbye", le premier single ? 
Brian : C'est une chanson que j'ai écrite en Inde justement. J'y suis allé aussi pour changer de vie. "Song To say Goodbye" est la première que j'ai composé. C'est un peu comme si je m'écrivais une lettre. L'idée, c'était de dire que le monde n'a pas besoin d'une autre rockstar morte, que l'univers du rock'n'roll est un cliché. Je suis parti pour me ressourcer, en me disant que ce serait dommage de foutre ma vie en l'air avec un façon de vivre qui ne me correspondait plus. J'avais besoin de trouver quelque chose de moins destructeur. C'est la chanson la plus directe de l'album. Cela représente un nouveau départ. 

Y a t'il un concept derrière cet album ? 
Brian : Non, nous ne voulions pas de cadre trop défini. Certains morceaux ont 6 ans, d'autres 6 mois. Ils portent des thèmes qui, je suppose, sont assez classiques chez Placebo : le désenchantement, le désir, la jalousie... Elles sont inspirées de notre vie, mais ce n'est pas un journal, ce n'est pas autobiographique. J'essaie d'écrire les meilleurs histoires possibles. 

Combien de temps avez vous mis pour enregistrer l'album ? 
Brian : Nous avons tout enregistré en quatre mois , à Londres : c'est l'album que nous avons achevé le plus vite. 

Pourquoi choisir de retravailler avec Dimitri ? 
Brian : On avait déjà fait des faces B et des reprises avec lui avant. Les sessions étaient vraiment relaxe et, finalement, le son était meilleur que pour nos albums. Donc on a décidé de le tester sur un disque entier. 

Qu'est ce qui fait que vous vous entendiez aussi bien ? 
Brian : Il a vraiment une sensibilité musicale à part. Son âge faisait aussi qu'il n'y avait pas de division entre groupe et producteur. Nous avions les mêmes références et les mêmes envies. cela fonctionnait vraiment comme une équipe. On avait déjà bossé avec des producteurs qui avaient 10 ou 15 ans de plus. Il existe toujours un effet Peter Pan quand tu es dans un groupe de rock. 

Comment s'est passée la rencontre avec VV des Kills, qui chante sur le premier morceau de l'album ? 
Brian : En fait, j'étais à l'université en 1990 avec Hotel, l'autre membre des Kills. On fréquentait la même classe d'art dramatique. On a donc grandit ensemble en tant que musiciens et on est toujours resté en contact. Ensuite, on a rencontré Alison (VV). Je trouve que c'est une des femmes les plus puissantes du rock actuel. Elle a une voix sexy et lourde à la fois et elle se donne à fond sur scène. Quand j'ai écrit la chanson "Meds", je me suis dit que ce serait mieux d'avoir un dialogue dans cette chanson. Et VV s'est imposée assez rapidement comme l'artiste la plus importante Je trouve que c'est assez courageux de commencer l’album par un duo. 

Vous avez déjà pensé à la façon dont vous la jouerez en concert quand elle ne sera pas la ? 
Brian : Il faudra que Stefan, notre bassiste, prenne sa petite voix... Qu'il soit un peu moins suédois et un peu plus américain ! Elle a une voix assez grave donc ça va... 

Comme souvent dans les textes de Placebo, il est question de personnages, un peu voyeurs, avec une ambition déçue... 
Brian : Oui, il y a toujours quelque chose de malsain chez nous. Ce qui relie les personnages de l'album, c'est la notion de conflit. C'est important de montrer que els difficultés existe toujours, même si on a du succès. Si tout va bien, ta créativité s'en ressent. A travers nos chansons, on trouve une sorte de catharsis à sortir des émotions qui sont difficiles pour nous. cela peut paraître égoïste mais il faut exprimer un sentiment personnel pour toucher les autres. Si tu veux écrire une chanson universelle, tu tombe dans le monde du cliché, tu deviens Oasis... C'est un paradoxe typique de Placebo. 

Vos fans en France sont ils différents des autres ? 
Brian : Je dirais qu'ils sont peut être plus passionnés car ils sont élevés avec une certaines culture. J'ai grandi au Luxembourg entouré de culture française. Ca a toujours été important pour moi le fait qu'on parle français nous a rendu la vie plus facile. chez Placebo, il existe un romantique assez noir que les français comprennent. Ce sont le premiers qui nous ont accueillis à bras ouverts. Ce sera toujours un pays important pour nous : nous avons une histoire d'amour avec la France. 

Qu'est-ce que vous souhaitez pour le rock ? 
Brian : Que le rock continue à être canadien ! Deux groupes que nous adorons, Death From Above 1979 et Arcade Fire, viennent de Montreal. La scène canadienne est vraiment géniale en ce moment. Le Luxembourg ? Il va falloir attendre longtemps pour le renouveau du rock luxembourgeois, je crois...



Source: placebocity