Rock One "Placebo, Their chemical romance", Mar'06


Si Placebo a décidé de revenir aux sources du rock pour son nouvel album « Meds » c’est que Molko & Co sont trop conscients de ce qu’il est important de se renouveler. Virage amorcé avec le producteur français Dimitri Tikovoï. Entre succès gigantesque et authentiques velléités artistiques, l’expérience aidant, le trio gère sa carrière avec calme et sérénité.

Dix ans de succès incontestable, et ce n’est pas l’arrivée des Franz Ferdinand et autres Libertines qui a mis en branle le succès de Placebo, déjà abonné depuis dix ans à l’étiquette post-punk. Aujourd’hui, ce sont les mecs de Bloc Party qui demandent a remixer le dernier single du groupe, «Because I Want You ». Rien ne parviendra à démentir l’incroyable succès du plus européen de tous les trios du monde et surtout pas son souci d’inventivité, nettement exacerbé dans son petit dernier « Meds » bien davantage que dans son précédant « Sleeping With Ghosts » (le plus vendu a ce jour). Il se raconte que Placebo n’a jamais été aussi prolifique que pour ce dernier album, ce qui promet comme à leur habitude, une ribambelle d’inédits et de chutes studio (à paraître sur les maxis a venir). Ce n’est rien de dire qu’apres dix ans de carrière, Placebo est arrivé à une sorte de tournant, amorcé l’année dernière avec les deux titres inédits enregistrés pour la compilation « Once More With Feeling ». Mais remplir des salles de 18000 places en France n’exclut pas la bienveillance habituelle de Brian Molko, Stefan Olsdal et Steve Hewitt ; « Avant de commencer l’interview, il faut absolument que tu goûtes ce cheese-cake, c’est le meilleur du monde. On plaisante pas. » Effectivement, fameux, le cheese-cake. 
Dans le sud de la France 

Combien de temps avez-vous laissé s’écouler après la fin de la tournée de « Sleeping With Ghosts » ? 

Brian Molko : Nous ne sommes pas du genre à nous endormir. Le travail nous rattrape très vite. Apres la tournée européenne, nous sommes aller jouer en Amérique de Sud où nous avions jamais joués, et où nous avons reçu un accueil tel que nous étions dans une perspective très optimiste a l’approche du nouveau disque . Alors, on est aller se poser dans le sud de la France pour attaquer la composition du disque. 

Saviez-vous précisément à quoi vous vouliez que ressemble le successeur de Sleeping with Ghosts » ? 

B.M. : Nous partions avec tout un tas d’idées préconçues sur des beats hip-hop, des sons életro. Choses que nous avions déjà utilisées par le passé, notamment avec Justin Warfield sur « Black Market Music ». Mais des lors que nous avons commencé à discuter avec Dimitri c’est lui qui a réintégré l’aspect purement rock qui figure dans « Meds ». C’est assez incroyable de voir l’énergie qu’il a mise dans l’enregistrement. 

Pourquoi avoir porté votre choix sur lui ? Qu’avait t-il de plus que les autres ? 

Steven Hewitt : L’énergie justement… 
Stefan Olsdal : Beaucoup de producteurs aujourd’hui sont des « producteurs stars », qui n’admettent pas facilement que tu vois pas les choses comme eux pendant l’enregistrement. Avec Dimitri c’est pas pareil. C’est un ami. Il connaît exactement notre fonctionnement en tant que groupe, il connaît nos aspirations. Bien sur on n’avait parfois pas besoin de se parler. Mais le travail qui s’est fait avec lui s’est déroulé de façon très naturelle. Nous nous somme immédiatement retrouvés sur la même longueur d’onde des qu’il nous a remis un peu les pieds sur terre avec notre matériel plus « éléctro ». 
B.M. : Et lui laisser cet espace a été vraiment bénéfique à l’album je crois. Je sais que ça fait un peu cliché mais je pense vraiment que « Meds » est notre meilleur album à ce jour. Nous n’admettrions pas de sortir un album qui n’est pas meilleur que le précèdent à nos yeux. 

Cela ne vous inquiète-t-il pas, le fait de ne jamais pouvoir se renouveler, l’impression qu’en rock tout a déjà été dit ou fait ? 

B.M. : Ce que tu décris ressemble typiquement à l’angoisse post-moderniste. C’est un piège dans lequel il est facile de tomber. Je ne crois pas qu’un artiste doive tomber dans ce genre de considération, c’est la porte ouverte à la facilité. Ce qui est intéressant, c’est le challenge d’en faire quelque chose de nouveau à chaque fois. Et je pense que c’est la partie la plus excitante du travail autour de ce nouvel album. 

Mais selon vous le rock est-il aussi important qu’il l’a été dans les 60’s et les 70’s ? 

B.M. : Vu sous cet angle, évidemment, les choses sont nettement différentes. Non, le rock ne peut plus avoir le même impact que celui qu’il a eu a ces débuts, puisque c’était une chose nouvelle. Un phénomène qui a pousser les limites, l’émancipation de la jeunesse. Il ne peu plus avoir le même impact. Le Net a tout changé, les maisons de disques sont pourries. Le rock a été utilisé, joué, piétiné, ressuscité. Il est toujours la, mais comment veux-tu qu’il soit le même qu’il y a trente ans ? 

Fait pour être malaxé, twisté, remué 

Le rock est-il pour autant toujours investi la même mission ? 


B.M. : Absolument. Le rock se doit de demeurer subversif, perturbateur, provocant. Les vrais groupes de rock ont cela, et tu fais très vite la différence avec les autres. Mais, dans la forme, le rock doit être malaxé, twisté, remué. 

Il y a un titre, « Cold Light Of Morning », dont les sonorités rappellent celles des ballades de « Without You I’m Nothing”. Ca a été fait consciemment ? 

B.M. : Ils s’en sont passés des choses depuis cet album ! Non ce n’est absolument pas prémédité. Je crois que ce que tu crois entendre comme rappel de ce disque n’est que la patte Placebo. Le regard mélancolique porté sur les relations. 

Avez-vous l’impression que vos textes sont concernés par les mêmes choses qu’il y a dix ans ? 

B.M. : Pas vraiment. On a grandi, on est vraiment plus les mêmes. La vie n’est pas la même quand tu as trente ans et quant tu as vingt. On regarde les choses plus posément, même si on se laisse toujours aussi facilement embarquer à faire la fête ! Regarde la tête de Steve (rire) ! (Le batteur se tenant le front depuis le début de l’interview arborant une superbe gueule de bois de la veille, Ndr). Les textes sont toujours reliés à ton intimité, a ce qui te tient le plus a cœur. C’est comme ça qu’ils sont écrits, dans des moments intenses ou d’émotions fortes. Cela dit, je me rends compte que le fait d’avoir évolué dans un groupe de rock retarde aussi ton passage à l’age adulte. La vie est forte et va vite dans de telles conditions. Je pense donc qu’au niveau des textes, je me sens nettement plus concerné par l’observation de mes semblables, de ce qui les glorifie et de ce qui les affaiblit. Je me sens très tourné là-dessus. 

Celui de Baudelaire 

Vous êtes le groupe anglais qui a rencontré le plus gros succès en France depuis quelques années. Comment expliquez-vous cela ? 


B.M. : Tout le monde connaît notre histoire avec la France. On se sent incroyablement fiers d’avoir du succès ici. Je pense que culturellement notre musique est très liée au romantisme noir typiquement français. Celui de Baudelaire. Il y a en France comme une réceptivité naturelle pour placebo. On en ressent d’autant plus une grande fierté. 

Quelle opinion portez-vous sur le rock français ? 

B.M. : Je ne connait vraiment pas très bien le rock français ? Je connais Indochine, pour qui j'ai ecrit un titre du nouvel album. J’aime beaucoup Nicola et je suis très fière de ce « Pink Water » que j’ai fait avec lui. C’est assez incroyable de voir comment Indochine est revenu sur le devant de la scène en France en quelques années.



Source: placebocity