Guitare Xtreme "Placebo: la guitare au premier plan", Mar'06


Placebo : la guitare au premier plan
Brian Molko : le diable aux cordes

Toujours aussi charmant et communicatif, le leader de Placebo nous a reçus avec sa classe habituelle, et l'interview suivante s'est, bien entendu, déroulée « in french » (Brian a passé une partie de son enfance au Luxembourg et maîtrise parfaitement notre langue). La discussion concernant Meds, le nouveau Placebo, se déroule à chaud, puisque le groupe n'a terminé le mixage qu'un mois auparavant, en compagnie du génie des manettes Flood (Dépêche Mode, Smashing Pumpkins, U2), et manque encore un peu de recul. Le plus gros constat à l'écoute dudit album : Les guitares reviennent en force ! Toujours aussi peu enclin à discuter de son instrument, Molko nous livre tout de même quelques précieux secrets de fabrication. C'est parti ! 

Tu es très discret concernant ta vie privée depuis quelques années... 

Oui, être la pute des médias m'intéresse de moins en moins. J'avais un appétit féroce pour ça dans ma vingtaine, mais aujourd'hui, je veux juste être considéré comme un musicien et un songwriter. Je n'ai plus besoin d'être exposé. Lorsque tu serres la main du diable, ça revienttoujours te mordre le cul, pas vrai ? Je suis allé au bout de ce délire. J'y ai laissé quelques neurones, mais heureusement je suis plus sage maintenant. 

Brian Molko est-il en train de se ramollir? 

Peut-être, mais cela dépend de ce que tu entends par "se ramollir" ? 

Je ne sais pas... Es-tu devenu pépère et casanier ? 

Dans une certaine mesure, sûrement. Mais lorsque je partirais en tournée, je verrais si le diable refait surface ou non. J'espère que non, parce que avoir un style de vie rock'n'roll représente beaucoup de boulot, et puis c'est mauvais pour le relationnel, et pour le foie. 

Tiens, au fait : Est-ce vrai que tu t'es fait casser la figure à une soirée d'aftershow des Spice Girls? 

Oui, mais je me souviens plus de ce que j'avais fait... Je pense que j'ai insulté une femme, et je n'avais pas réalisé que son mari était juste à côté. Le type m'a attrapé et m'a jeté à travers la pièce. J'ai atterris sur une table où Tricky était en train de se servir à boire. Donc, je n'étais pas très populaire ce soir-là. Mais ne me demande pas ce que je foutais à une soirée des Spice Girls (rires). 

Toujours dans le trip rock'n'roll, il semble que, comme les Rolling Stones, vous aimiez traîner dans le sud de la France... 

Nous louons une maison sur la Côte d'Azur mais, i mon avis, elle plus petite i que la leur, et l'ambiancey est sûrement moins débauchée. Nous nous y rendons pour être au calme, et composer loin de la tentation. 

Même si tu détestes ça, tu vas devoir nous parler de ton matériel... 

J'aime bien certains amplis, comme le Fender Twin Reverb et le Mesa/Boogie Mark III, surtout lorsqu'ils sont reliés à de grosses enceintes Marshall. Stefan, lui, aime le grain des têtes Marshall. Pour les guitares, je suis fan de ma SG et de la Telecaster Thinline, toutes deux vintage. Sinon, l'une des clés essentielles de notre son de guitare, c'est la pédale de distorsion Boss MT-2 Métal Zone. 

Brian Molko est-il un guitariste décent? 

Je ne sais pas. Mon approche de la guitare est plutôt instinctive, Stefan me charrie souvent, en me disant que je suis le moins bon technicien au monde. J'aime interpréter des chansons, mais je ne saurais pas expliquer ce que joue, les accords, les tonalités et tout ça. Si j'ai pris une guitare un jour, c'est juste pour écrire des chansons. 

Existe-il une filiation entre Placebo, et les guitares de Sonic Youth ? 

Complètement, oui. Ils ont révolutionné ma façon de voir la guitare. Chez eux, il n'y a pas de place pour la masturbation guitaristique. Ils sont authentiques et j'aime leur côté expérimental. Ils nous ont beaucoup influencés. 

Détestes-tu à ce point les solos de guitare ? 

Hum... Je n'ai jamais été attiré par l'aspect macho de la guitare lead, avec tous ces plans criards joués dans les aigus. Cela relève d'une telle vulgarité et d'un tel pédantisme. Pour moi, ce style de jeu représente le passé lointain du rock. 

Pour revenir à Sonic Youth, vous leur avez emprunté un goût pour les accordages alternatifs ? 

En studio, oui, nous avons nos petites recettes. Il nous arrive, par exemple, d'accorder les six cordes à l'unisson, ou bien de jouer normalement avec les deux petites cordes à l'unisson. Juste pour grossir le son et donner plus d'espace aux accords. 

Kerrang ! Magazine vous a déclaré . "meilleur groupe rock de la » décennie"... 

Bien, je ne l'ai certainement pas inventé (rires). 

Est-ce que cela vous met la pression pour terminer votre cinquième album ? Vous demandez-vous parfois quel succès il obtiendra ? 

Nous pourrions toujours devenir plus grands, mais je pense que la seule pression que nous nous mettons sur les épaules concerne l'artistique, et nos propres individualités en tant que songwriters. Nous voulons voir, pour notre intérêt et notre satisfaction personnelle, une évolution, une croissance, en termes de complexité musicale. Nous voulons simplement devenir de meilleurs musiciens et essayer de ne pas nous répéter, écrire de meilleures chansons, et les enregistrer encore mieux. Je suppose qu'il y a toujours de la pression, mais je pense que cela peut être destructif de se focaliser dessus durant l'enregistrement d'un album. 

Personnellement, je m'attendais à ce que cet album soit bien plus électronique qu'il ne l'est au final... 

Alors, qu'est-ce qui a foiré ? 

Rien n'a foiré. Notre producteur, Dimitri Tikovoi, avec lequel nous avions travaillé auparavant sur des B-sides et des reprises, (dont la plus réussie, je pense, était « Running Up That Hill » de Kate Bush), a eu l'idée de nous placer un peu en dehors de notre zone de confort. Il voulait que le groupe se redécouvre lui-même, pour revenir à ses bases, et je suis très, très content que nous ayons fait cela. Je pense qu'il voulait strati-fier nos performances de la façon la plus honnête et directe possible, sans les cacher derrière tout un tas de techniques de production, et il voulait aussi ramener un peu de danger dans Placebo. Dans un sens, il l'a fait pour lui, parce qu'il s'agissait du premier album que nous réalisions avec lui. Il voulait qu'il ait le feeling d'un premier album. Dans un sens, ça a marché. Je suis content que nous ayons réussi à le rendre plus dépouillé, avec un gros son de guitare, parce que nous allons devoir l'emmener sur la route désormais. Nous avons la réputation d'un groupe qui est parfois sophistiqué et un peu intellectuel, et je pense que ça va être très fun de revenir à des émotions crues. Pour nous, certainement. 

Cependant, ce n'est qu'un seul aspect des choses. De l'autre côté, il y a la multitude des couches, et l'inclusion des cordes... 

Pour la première fois, il y a des cordes, oui. Nous avions toujours repoussé l'idée des cordes, parce que, tu sais... Que fait un groupe lorsqu'il est en panne d'idée ? Il utilise des cordes. Alors, nous avions évité d'en mettre jusqu'à présent. Mais cette fois, nous étions en studio, en train d'enregistrer nos titres, et certains d'entre eux ont commencé "appeler " des cordes. Alors, nous avons dit : « Hey, nous sommes honnêtes, là. nouspou-vons les entendre dans nos têtes, a lors enga-geons une section de cordes ». 

C'était un peu à la mode pendant un moment, non ? 

Oui. Mais dans un élan de refus d'autocensure, nous avons simplement pensé : « Ces chansons fonctionneraient vraiment bien de cette façon, donc, nous devons être honnêtes et aller dans leur sens ». 

Où avez-vous enregistré ? 

Dans un studio appelé Toe Rag Studios, qui n'a pas été rénové depuis les 70's, et donc, nous n'allions pas faire un album dans un de ces environnements numériques comme en proposent tous les studios londoniens, ces temps-ci. C'est un studio à l'ancienne, avec de vieilles consoles, ce qui signifie que les performances des musiciens doivent être vraiment au top, comme dans les 70's. Cela nous a poussé à donner le meilleur de nous-mêmes et à jouer vraiment très bien. Parce que la plupart du temps, nous n'avions pas toute cette technologie sur laquelle nous appuyer, et je pense que cela nous a permis de faire un album plus direct et accessible. 

Il semblerait que vous n'ayez pas encore conquis le marché américain... 

Oui c'est clair. Aux USA, nous sommes plutôt considérés comme un groupe culte. 

Pour quelle raison ? 

Hé bien, nous avons plus de temps à passer ici. Et puis, nous sommes partis en Amérique du Sud au lieu de l'Amérique du Nord. La bouffe est meilleure. 

T'arrive-t-il de ressortir des cartons une chanson composée des années auparavant ? 

Il y a une chanson sur le nouvel album « Pierrot The Clown » que j'ai écrite il y a six ans. Je ne l'ai jamais utilisée, parce qu'elle ne trouvait jamais son contexte. Il y a deux signes qui ne trompent pas pour identifier une très bonne compo : si tu peux la réduire en la jouant sur une simple guitare acoustique sans qu'elle perde sa substance, c'est du bon matos. Idem lorsqu'elle a été écrite il y a longtemps, que tu lui redonnes vie, et qu'elle te donne toujours la chair de poule. 

Allez-vous jouez dans des stades en Europe ? 

Hé bien, si nous pouvons le faire, allons-y, n'ayons pas peur de l'inconnu. Bien sûr, je suis un mec très ambitieux, nous sommes un groupe très ambitieux. Évidemment, le problème de jouer dans un stade, c'est que tu perds une certaine intimité. Mais je mentirais si je disais que ne souhaite pas que ce groupe devienne le plus gros du monde. Si nous continuons de nous améliorer, d'écrire de meilleures chansons, cela pourrait bien arriver. 

Marcel Anders encart : 

MOLKO LE CLOWN 

Le leader de Placebo aurait très bien pu devenir clown. 

En effet, avant de se lancer dans la musique, Brian a bien failli s'inscrire dans une école de cirque américaine, celle-là même où Steve 0 de Jackass a appris à faire le pitre : « Ma vie serait probablement différente, mais certainement aussi cool. D'ai/letirs, je sais jongler comme un pro. Je pourrais faire un show façon Siegfried & Roy ». Il nous confie enfin : « J'allais beaucoup au cirque lorsque j'étais enfant et, bien sûr, il y a toujours le clown très coloré, qu'on appelle l'Auguste, et le clown triste, et je me suis toujours référé à ce dernier étant gosse ».