ELEGY "Brut", Mar'06


Alors que le génial Sleeping With Ghosts tourne encore en boucle sur nos platines, Placebo rempile avec Meds, un cinquième album en forme de retour aux sources qui ne pourra que ravir ses fans de la première heure. Brian Molko, Steve Hewitt et Stefan Olsdal nous accueillent dans la suite de leur hôtel parisien – avec une jolie gueule de bois en prime –, histoire de causer un peu de ce nouveau bébé placé sous le signe des guitares et du rock dans ce qu’il possède de plus brut et de plus sombre…

On vient juste de nous faire écouter l’album, en tout cas les onze titres disponibles pour le moment, et la première impression qui ressort de cette écoute est qu’il est très sombre, ce nouveau disque… 

Brian Molko : Oui, il est très dark, c’est exact. À vrai dire, je pense qu’il est bien possible que ce soit notre album le plus sombre à ce jour… Mais il est important de souligner que nous faisons de la musique très sombre afin de nous permettre d’être des gens heureux dans nos vies. 

Un peu comme une thérapie ? 

B. M. : Oui, en quelque sorte, on peut dire ça. Disons que si notre musique est très noire, très romantique, alors nous n’avons pas besoin d’être comme ça dans nos vraies vies… 

Tellement sombre que l’un des titres n’est pas sans rappeler Marylin Manson… 

B. M. : Ah bon ? Non, je ne sais pas… Lequel ? Vas-y chante-le pour voir… 

Heu… non, je ne peux pas. 

B. M. : Si, tu peux ! J’insiste. Chante-le ! 

Non ! 

B. M. : Tiens, mais puisqu’on parle de Marilyn Manson, est-ce que tu as vu Bowling For Colombine, le film de Michael Moore… 

Oui, bien sûr. 

B. M. : Je pense qu’il est très rare pour un artiste, pour un musicien, d’être aussi sensé que ce que Manson l’a été dans ce film. Quand l’affaire de Colombine a eu lieu, j’ai allumé CNN et j’ai vu ces gars en costumes gris qui disaient : « Oui, et la personne à blâmer est Marilyn Manson, car il a écrit ça et ça ». Et moi je me suis dit « Putain ! ». 

Steve Hewitt : Oui, c’était putain de pathétique. Stupide gouvernement chrétien ! 

B. M. : S’il y a bien un truc qui me rend dingue, c’est ça. Les artistes sont blâmés pour tout, aussi bien culturellement que pour ce qu’il se passe dans le monde. Alors on va reprocher la guerre en Irak à Marilyn Manson ! (rires) Le colonialisme anglais à Placebo et même le colonialisme français, tiens ! Tout ce que tu veux ! À chaque fois que quelque chose ne tourne pas rond dans ce monde, c’est de notre faute, c’est de la faute des artistes, Alors qu’on est juste des gars qui veulent jouer de la musique et c’est tout… Bref… On en était où ? 

Le second aspect qui saute aux oreilles en écoutant le disque est qu’il est beaucoup plus rock , très organique comparé à ce que vous avez fait avant, et notamment à Sleeping With Ghosts. Pourtant on nous annonçait un album assez électro à la base… 

B. M. : Oui, il est beaucoup plus rock, plus brut. En fait, au départ, on pensait qu’on allait faire un album très électronique, voire même influencé hip-hop… Puis on et entré en studio avec Dimitri, et il en a décidé autrement. Il a voulu que nous redécouvrions le danger qui existait à l’origine dans Placebo. Et c’est ce qui s’est passé, nous avons fait un album plus rock, plus proche de nos débuts. 

Une sorte de retour aux racines, donc… 

B. M. : Oui, absolument. Et ça s’est très bien passé en studio d’ailleurs. C’était génial même, on s’est vraiment beaucoup amusés. En réalité, tous les gens qui travaillaient avec nous dans le studio avaient moins de 35 ns : nous étions tous à peu près du même âge, alors nous étions comme des gosses… Des gosses qui font un album. Tu imagines ce que ça pouvait donner… 

C’est rare, surtout après dix ans de carrière… Ca vous arrive de vous arrêter parfois et de regarder en arrière, de revenir sur ces dix ans de carrière ? 

S. H. : Oui, ça c’est un truc qu’on a fait lorsqu’on a préparé le best-of des singles, je crois que ça nous a forcé à regardé en arrière. C’était la première fois que nous nous arrêtions comme ça, et que nous nous rendions compte de la quantité de matière que nous avions… 

B. M. : Et nous avons été très heureux de ce que nous y avons vu en faisant ce retour en arrière. En tout cas, si c’était à refaire, nous ne changerions rien. 

Stefan Olsdal : Si on pouvait changer les choses ? Oui, si on pouvait changer les choses, en tout cas si moi je pouvais changer quelque chose, alors Sting ne serait pas dans les parages, Phil Collins et Genesis n’auraient jamais existé. Simply Red non plus d’ailleurs ! (Rires) C’est ça que je changerais, ou que j’arrêterais en tout cas (rires). 

Vous avez deux prestigieux invités sur cet album, VV de The Kills et Michael Stipes de REM. D’ailleurs Brian, en parlant d’invité, tu apparais dans un morceau d’Alice And June, le nouvel album d’Indochine. C’était un truc que tu voulais vraiment faire ou plutôt un arrangement façon maison de disque ? 

B. M. : Non, non absolument pas. Pas d’arrangement. C’est même l’opposé. Je suis parti en Inde pendant un moment, puis en Thaïlande où j’ai vécu quelques temps. J’étais là-bas quand Nicola m’a contacté et m’a dit : « Je suis en train d’essayer d’écrire ce morceau, en anglais. » Je lui ai répondu : « Tu as besoin d’aide ? » Il m’a dit oui et j’ai dit : « Ok, tu sais que depuis des années et des années, les gens veulent que nous travaillions ensemble, donc faisons semblant que nous ne sommes pas en train de travailler ensemble, mais écrivons cette chanson pour tous les deux. » Et ça s’est fait comme ça. Pour moi c’était vraiment cool parce que quand j’avais 9 ans… Quel âge as-tu ? 

29 ans… 

B. M. : J’ai 33 ans, Steve ? « j’ai 34 ans » et Stefan ? « 23… » (Rires) Donc, quand j’avais 9 ans… Je me souviens encore de « L’Aventurier » et ne serait-ce que le fait de devenir ami avec Nicola est un truc génial, mais de s’impliquer plus musicalement ensemble, avec lui qui représentait quelque chose d’énorme quand j’étais enfant, c’est pour moi incroyable, tu vois ? Le simple fait qu’il m’ait demandé d’écrire quelque chose avec lui était déjà incroyable, vraiment. Je me suis senti très honoré. 

Et il y’a d’autres groupes français avec qui tu, ou plutôt, vous aimeriez travailler ? 

S. O. : Dick Rivers ! 

B. M. : Ouais !! Dick Rivers ! (Rires) Une bite de rivière… AHAH ! 

Vous préparez déjà votre tournée. Vous commencez en mars à Bangkok, ce sera aussi plus rock sur scène ? 

S. O. : Oh oui, il y aura plus de guitares ! 

B. M. : Oui, on a recruté un nouveau mec, qui était dans Suede avant. L’idée est donc de vraiment axer le live autour des guitares… On travaille sur une vidéo en ce moment aussi, c’est un gars qui s’appelle Philippe André qui bosse dessus, il est français. C’est la première fois qu’il bosse avec nous, il a bossé entre autres pour Roger Sanchez avant, le DJ. Pour le moment, ça ne nous intéresse pas du tout d’apparaître dans nos vidéos, on veut créer quelque chose qui ressemble à un film, c’est vers ça que nous essayons de tendre avec l’aspect visuel de Placebo en ce moment. On verra bien ce que ça donnera… 

Vous avez l’air d’avoir une sacrée gueule de bois… On va passer aux portraits chinois, c’est plus facile… 

B. M. : (Rires) Oui, désolé, on est mort ! Un portrait chinois ? Cool ! Vas-y… 


Portrait chinois (si tu étais…) 

Brian Molko
Une couleur : noir 
Une ville : Paris 
Un film : Blue Velvet 
Un livre : Luna Park 
Une drogue : la coke 
Une femme célèbre : Agnès B. 
Un animal : un singe 
Un mot : merde 
Un tableau : un Francis Bacon 

Steve Hewitt
Une couleur : noir 
Une ville : Londres 
Un livre : Calcium Made interesting 
Une drogue : un ami 
Une femme célèbre : Brian (rires) 
Un animal : un chat 
Un bruit : le rock 
Un mot : fuck 
Un tableau : un Picasso 

Stefan Olsdal
Une couleur : noir 
Un album : Violator de Depeche Mode 
Un film : Fanny and Alexander 
Un livre : The Curious Incident of the Dog in the Night-Time de Mark Haddon 
Une drogue : le valium 
Un animal : un chien 
Un bruit : un cri 
Un mot : merde 
Un tableau : Le Cri 



Source: placebocity