Les Inrockuptibles "à Cure ouvert", Nov-Dec'01




A l'occasion de la sortie d'un double Greatest Hits de Cure, Brian Molko, le remuant leader de Placebo et l'un des plus fidèles et scrupuleux héritiers du groupe, est allé interviewer Robert Smith. Une rencontre exclusive et complice, dans la grande roue du London Eye, où l'on passe joyeusement de South Park à David Bowie et du coq à l'âne.


Des Smashing Pumpkins à Placebo, de Mogwai à Hood, les héritiers de Cure ne portent pas forcément poil long et idées noires. Pas plus que le groupe de Robert Smith, injustement remisé parmi les accessoires gothiques, alors que son écriture, autrement plus versatile, a tout abordé en plus de vingt années de carrière : du psychédélisme le plus menaçant aux pop-songs les plus légères, des arpèges les plus cristallins aux dance-beats les plus massifs. Une histoire résolument à part dans l'histoire du rock anglais, que tente de circonscrire le forcément frustrant Greatest Hits, visite en accéléré d'une carrière trop riche et éclatée pour tenir dans un tel carcan. Nous avons donc demandé à l'un de ses héritiers de prendre calepin et micro pour réaliser cet entretien. Pour Brian Molko, le leader de Placebo, ce fut un véritable baptême du feu : celui de l'humilité du journaliste, résolument à la disposition (lieu, heure et condition) de la star. Baptême du feu de reporter, également, pour un chanteur si volubile, qui a souvent, en interview, tendance à faire les questions et les réponses. Mais on ne se faisait pas la moindre inquiétude en envoyant le très exigeant Brian Molko interviewer l'une de ses idoles de jeunesse. D'abord parce qu'on le savait suffisamment perfectionniste et pointilleux pour préparer avec minutie cet entretien. Ensuite parce que, plus que dans la Bible, le Livre rouge ou Picsou Magazine, c'est avec la presse rock que Brian Molko a appris la musique et ses codes, connaissant déjà tous les artistes et leurs mystères avant d'en écouter les disques. Des chats au rock gothique, de South Park à Limp Bizkit, de David Bowie aux attentats du 11 septembre, de la peur d'être violé à celle du parachute, Brian Molko réussira à mettre en confiance le retranché Robert Smith en demeurant humblement et scrupuleusement au service de questions qu'il se posait aussi, en direct, à lui-même. 

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Brian Molko : C'est intéressant d'être de l'autre côté de la barrière, c'est la première fois que je joue le rôle du journaliste. Quand j'étais gosse, je te regardais à la télé, je lisais tes interviews. Maintenant, c'est moi qui te pose des questions. C'est quoi, pour toi, ton souvenir le plus ancien ? 

Robert Smith : Mon père avait une caméra super-8 et il nous filmait souvent, ma mère, ma s'ur et moi, j'ai donc vu tous les films, au fil des ans. Je suis né en 1959 et j'ai grandi à Blackpool, dans le nord-ouest de l'Angleterre, au bord de la mer. Il y a beaucoup de films sur lesquels on me voit en train de courir comme un fou, avec des ânes en arrière-plan. Mon premier souvenir, c'est ça : je revois ma s'ur en train de manger des vers de terre, et pour être honnête, c'est moi qui les déterrais et elle qui les mangeait. Je devais avoir 3 ans et elle 2. Et ma mère m'a donné une correction. C'est sans doute l'une des seules fois où j'ai été frappé, du reste. Je me souviens aussi de l'odeur des ânes. L'un de mes premiers souvenirs est lié au bruit de la mer. Quand j'ai quitté Londres, il y a dix ans, j'étais prêt à aller n'importe où, pourvu que ce soit au bord de la mer. Je voulais pouvoir me réveiller et entendre la mer. C'est lié à mon enfance, à la joie pure, à l'innocence. J'aime la musique et le parfum de la mer. Je me suis donc installé dans le sud de l'Angleterre et je me sens complètement différent. A Londres, j'étais animé par un sentiment de haine envers le monde entier. 

Comme asphyxié ? 

Oui, maintenant, je respire. Le bruit de la mer me réconforte. J'ai vécu dix ans à Londres et à la fin j'étais ravagé. Une loque humaine. J'habitais dans un sous-sol, on se serait cru dans un film de Polanski, les murs qui s'effritent, les hurlements au troisième étage, j'étais tendu tout le temps. Après un an passé loin de Londres, j'étais métamorphosé. Parce que j'avais fait une croix sur le passé, sur les tentations. Je vis dans un coin un peu paumé, tout près de Brighton. Brighton est devenu à la mode, mais c'est encore une ville très agréable. 

Qu'est-ce qui te fait le plus peur ? Pour ma part, ce serait de me retrouver en prison, pour une affaire de drogues. A cause de ma taille, il y en a qui abuseraient de moi, par ennui. Je ne supporterais pas de me faire violer dans une cellule. 

J'espère que tu n'y penses pas trop souvent ! Moi, je n'aime pas voler. Chaque fois que je monte dans un avion, à moins d'être déchiré, je me demande si je vais m'en sortir. J'ai tenté plusieurs choses dans ma vie, pour repousser mes limites, me tester, mais je ne sais pas si je serais capable de sauter en parachute. En fait, c'est la peur de mourir. Toi, tu as peur de souffrir dans la durée. Moi, j'ai peur que tout se termine. Dans les années 80, j'avais peur de devenir fou, à force de me griller des neurones, de me lever un matin et de ne plus reconnaître personne. 

Musicalement et visuellement, David Bowie fait aussi partie de tes premiers souvenirs ? 

J'ai immédiatement été fasciné par le personnage, comme la plupart des gens de ma génération. Je l'ai remarqué à l'époque Starman, fin 72- début 73, j'avais 13 ou 14 ans. Tous les amis qui s'intéressaient à la musique, le lendemain, ont commencé à discuter : "Tu as vu le mec bizarre, à la télé, hier soir ?" Il incarnait un autre monde. Quand tu as 14 ans, tu ressens une frustration. Bowie nous a montré qu'il existait un monde fantaisiste. Pendant deux ou trois ans, j'ai été obsédé. Et puis, ensuite, j'ai acheté Heroes et je l'ai critiqué, parce que je commençais à avoir ma propre opinion. C'était bizarre, comme remettre en question ses propres parents. Mais je me suis détaché de Bowie. Le mouvement punk a commencé en 1975-76 et c'est ce qui m'a attiré. Mais quand j'ai entendu Earthling (1997), je suis revenu vers Bowie. J'ai été très ému de jouer avec lui, pour son 50e anniversaire à New York. Il a laissé un message sur mon répondeur. Comme je suis sur liste rouge, personne ne connaît mon numéro, je pensais que c'était une blague d'un ami. J'ai laissé un message sur son répondeur : "Je rappellerai, je ne suis pas sûr." Mais intérieurement, j'étais euphorique. 

Est-ce que tu partages sa fascination pour Internet ? 

En ce qui concerne la musique téléchargeable, je pense que les débats se sont éloignés de l'essentiel, à savoir que l'artiste doit toujours être rémunéré pour ce qu'il fait. Sinon, il ne peut tout simplement pas survivre. Le problème, c'est que la musique coûte trop cher. C'est une vision naïve que de penser que l'Internet est gratuit : il y a toujours quelqu'un qui paie, quelqu'un qui touche, quelqu'un qui possède l'infrastructure. C'est jouer le jeu des grands groupes que de proposer sa musique gratuitement. L'argent leur revient à eux. Internet est tout simplement une nouvelle forme de distribution. Aux Etats-Unis, certains artistes ne sont même plus propriétaires de leurs uvres. 

Est-ce que tu serais prêt à entrer en Bourse, comme Bowie ? 

Non. Quand j'en ai discuté avec lui, on était en opposition sur presque tout. En fait, j'avais trop bu et j'étais assez agressif. Mais je ne suis pas naïf. Cure, au début, n'avait pas de manager, j'ai donc appris à analyser les contrats, à savoir comment on essayait de nous rouler dans la farine. C'est pour ça qu'on a donc décidé de ne pas resigner de contrat, après ce Greatest Hits, avec une major. 

Chris Parry n'a jamais été votre manager. Mais à travers son label Fiction, il a beaucoup compté pour vous. 

A l'origine, il a été la seule personne à croire en nous. Je crois que la première chanson sur la cassette était 10:15. Et dans les dix premières secondes, il voulait nous signer. Il était incroyablement enthousiaste. Et, à l'époque, on ne pouvait pas demander davantage. Même si nos amis y croyaient, on avait du mal à émerger. Moi, je voulais un petit label, je voulais avoir un seul et même interlocuteur, pas m'entendre dire : "Machin ne travaille plus chez nous." On n'avait pas d'engagement écrit. On savait que si ça n'allait plus, il suffisait de se serrer la main et de se séparer. La fin a donc été un peu décevante. Notre album Bloodflowers (2000) n'avait pas de tube et certains trouvaient qu'il n'était pas très bon. C'est dur de te dire que ton propre label n'est plus enthousiaste. J'avais déjà souffert des réactions qu'avaient déclenchées Galore trois ans avant. Le single Wrong Number n'a pas eu le succès qu'il méritait, sauf aux Etats-Unis, aucune radio ne l'a programmé en Grande-Bretagne. Je me suis demandé si ce n'était pas une conspiration ! C'est ce qui a signé la mort du groupe en tant que pop-band. J'ai donc décidé d'abandonner cette facette. Quand il a été question de réenregistrer Just Say Yes, j'étais incapable de chanter, c'est pour ça que j'ai demandé à Saffron de Republica de le faire. J'en étais incapable, j'avais des larmes dans la voix. 

On a tendance à penser que quelqu'un comme toi n'a jamais le trac. 

En studio, tout est basé sur l'émotionnel. En général, je ne pose pas ma voix sur les demos. Parfois, je suis vraiment nul en studio. Si j'ai trop bu, je chante mal, je n'arrive pas à articuler, et quand je suis de mauvais poil ou que je suis fatigué, on dirait Serge Gainsbourg ! La première prise est rarement la bonne. Pour Bloodflowers, c'était une des rares fois où ça a fonctionné rapidement. 

La plupart de vos vidéos ont été réalisées par Tim Pope. Est-ce qu'il avait une vision spéciale, une interprétation visuelle en accord avec votre univers ? 

Quand on s'est rencontrés, on avait l'impression de se connaître depuis toujours. C'est lui qui a réussi à mettre en évidence le côté humain qu'on avait tendance à cacher. Il a fait beaucoup pour Cure. 

Au début, vous aviez une image de noirceur, d'obscurité, de décadence, de perversion, de désespoir, et puis vous avez écrit des chansons d'amour, plus pop, avec un certain sens de l'humour. Y a-t-il quelque chose en particulier à l'origine de cette évolution ? 

Le premier album n'entre pas dans cette logique. Il est né pendant qu'on était à l'école, je ne le considère pas comme un album personnel, mais comme un album en commun. Jusqu'à Pornography, j'étais pris dans un cercle vicieux. L'inspiration était continue, on avait une vingtaine d'années, on était à fond. Pendant la tournée, on se demandait qui allait mourir en premier, on abusait de tout. J'étais bizarrement heureux de vivre dans l'excès, c'était une obsession, j'avais fait une croix sur le reste. Mais à la fin, on ne se supportait plus, c'était devenu très violent, on ne s'est pas vus pendant un an et demi. Et puis je suis parti en vacances avec ma femme Mary, pour faire de la randonnée dans le nord de l'Angleterre, et j'ai réalisé, en ressentant une souffrance due à l'effort physique, que je ne voulais pas tout abandonner. Chris Parry, le boss de notre label Fiction, y a été pour quelque chose aussi. J'avais écrit la demo de Let's Go to Bed qui aurait presque pu figurer dans Pornography, avec son gimmick très lent, en mineur. Et Chris m'a dit "Vas-y, fais une chanson pop." Je lui ai dit "OK, mais on ne la sort pas sous le nom The Cure." Mais il a refusé. Il m'a dit qu'a posteriori, dans dix ans, je comprendrais pourquoi. Il avait dix ans de plus que nous, une vision globale très claire. Ensuite, j'ai rejoint Siouxsie & The Banshees et j'ai développé ce côté pop, Lovecats, The Walk. Sans ça, je n'aurais pas osé. Et puis, je n'ai jamais eu l'impression qu'il fallait choisir. Le problème, c'est qu'avec Pornography on s'est retrouvés enfermés dans cette image et les gens autour voulaient voir en moi cette personne complètement sombre. C'était une phase vraiment horrible de mon existence. 

Te sens-tu responsable du mouvement gothique et de tous ses aspects ridicules ? Je me moque souvent de cette tendance, parce qu'on nous a parfois reproché d'être gothiques et ça m'énerve au plus haut point, on n'est pas des corbacs ! 

C'est bizarre, on n'a jamais été un groupe gothique, dans le sens où il n'y a aucune photo de nous avec un crucifix ou quoi que ce soit. On était plutôt un groupe en impers ! Les Banshees donnent dans le gothique, dans le vrai sens du terme. Je n'ai aucun disque gothique. Je déteste les Sisters Of Mercy. Lors de la première interview que j'ai faite pour ce Greatest Hits, le journaliste ne m'a interrogé que sur le côté gothique. J'ai pété les plombs. "Avec des titres comme Lovecats, Let's Go to Bed, explique-moi ce qui est gothique là-dedans, écoute Friday I'm in Love ! Un groupe gothique ne ferait pas des chansons comme celles-là." Cela dit, j'aime beaucoup les goths, ils sont souvent adorables. Si tu fais abstraction de leurs fantaisies morbides, leur conviction qu'ils vont mourir s'ils sont exposés à la lumière du jour, ce sont des personnes qui peuvent être très drôles. Tu es déjà allé au Mexique ? C'est là-bas qu'on trouve les meilleurs goths. Quand tu les vois depuis la scène, tu as l'impression qu'ils sont habillés en goths, tout en noir, et quand tu les croises, tu vois qu'ils ont des shorts de toutes les couleurs et des tongs ! 

Que penses-tu du néo-metal ? Skipknot, Limp Bizkit, Linkin Park... 

J'aime bien certaines parties de guitare. Le problème, avec ces groupes, c'est que je n'aime pas les voix. C'est comme pour les groupes gothiques, ils se sentent obligés de se conformer à une esthétique, de hurler de la même manière. C'est une forme de rébellion normalisée, mainstream, pour les masses. La véritable rébellion est celle qui n'entre pas dans des formes définies, qui se passe en dehors des sentiers battus, individuellement, pas collectivement. Et j'ai l'impression que le milieu du néo-metal est atrocement cynique. Je suppose que les gars qui font du néo-metal vivent pour leur groupe, qu'ils y croient à fond, mais ils sont sans doute trop bêtes pour comprendre qu'ils sont victimes d'un énorme plan marketing. Je suis un peu au courant parce que mon neveu me fait écouter ces trucs. "Fuck you, motherfucker, blabla", je lui dis "OK, t'as le T-shirt ?" Slipknot, ils ressemblent à Alice Cooper mais ne lui arrivent pas à la cheville. Ce sens de la théâtralité, le culte de la douleur, de la dégradation... Et puis ils rentrent chez eux et tout va bien. 

Qu'est-ce que tu écoutes, alors, en ce moment ? 

Mon groupe préféré de ces dernières années, mis à part le tien, bien sûr, est Mogwai. J'ai eu une petite correspondance avec leur leader Steward. Je lui ai dit que Young Team était l'un des meilleurs premiers albums de tous les temps, il m'a remercié, etc. Et puis un jour, j'ai parlé d'eux dans une interview au NME, les journalistes ont interprété mes propos et les ont mis sur le site. J'ai essayé d'expliquer à Steward que c'était faux mais il a arrêté de m'écrire. Ils ont du panache, de l'esprit, ça s'entend dans leur musique. C'est puissant, un groupe qui croit en ces valeurs. 

Grâce au cartoon South Park, tu as marqué des points auprès de tes neveux et nièces. Tu y as quand même sauvé le monde ! 

Et à la fin, Stan dit "Desintegration, le meilleur album de tous les temps !" Je ne savais pas ce que ça donnerait. Ils m'ont envoyé une cassette, l'épisode où ils discutent si le chien est gay ou non. J'étais mort de rire, mais en même temps je trouvais ça ignoble. Ils m'ont envoyé un truc à lire, je leur ai fait confiance. J'ai eu le script mais il y avait des blancs pour créer l'effet de surprise. Ils ne voulaient pas de fuites, ils voulaient choquer. Quand je me suis vu, j'ai trouvé ça surréaliste. J'aurais aimé être davantage impliqué dans le projet. 

Pour le Greatest Hits, comment avez-vous sélectionné les titres ? Vous avez organisé un vote, un sondage auprès des fans ? 

C'est ce que la maison de disques avait proposé, mais j'ai accepté de faire la promotion de cet album à condition que je choisisse les titres et qu'un second CD soit offert avec la compilation. Ils ont accepté. Car rajouter deux inédits ne suffit pas. L'idée de faire un album acoustique est venue ensuite. Je me suis dit qu'en tant que fan j'aimerais bien entendre les chansons jouées différemment. J'étais le seul attaché à cet album acoustique. On est le premier groupe à avoir exigé de la maison de disques un CD gratuit accompagnant un Greatest Hits. Les majors nous détestent parce que, dorénavant, les gens vont vouloir un CD gratuit avec chaque best-of. Les artistes aussi vont nous détester parce qu'ils vont devoir créer quelque chose de plus. Jusqu'à présent, les compilations n'étaient faites que pour le fric. Je sais qu'aux Etats-Unis, ils se demandent comment on s'en sort financièrement : ils ne conçoivent pas le concept de gratuité. C'était la seule façon pour que je continue à regarder les fans dans les yeux. Ensuite, on s'est réunis avec les cinq membres du groupe. On avait dix titres en commun. Je voulais que ce Greatest Hits soit un succès commercial, mais je ne voulais pas exclure ce qu'on a fait au début. A Forest ne s'est pas bien vendu mais ça aurait été dommage de le mettre de côté, si ça pouvait faire plaisir au groupe et aux fans. J'ai donc renoncé à imposer mes morceaux préférés, comme A Letter to Elise, Charlotte Sometimes et Hot Hot Hot. Je voulais aussi que le disque forme un tout. Beaucoup de gens m'ont demandé pourquoi on n'avait pas mis Killing an Arab du premier album. Ce qui me dérange, c'est que certains se disent qu'on n'a pas osé après ce qui s'est passé le 11 septembre. Cette chanson me poursuit à cause de son titre. La guerre du Golfe, les attentats aux Etats-Unis... C'est le numéro un du Top Ten des chansons antiarabes. Si je devais changer une seule chose, je reviendrais en arrière, le jour où, à l'école, j'ai choisi ce titre, et je le changerais. Mais je conserverais la chanson. 

Combien de fois est-ce que vous avez pensé arrêter ? 

Le groupe, le trio formé à l'école, a explosé. Le trio suivant, celui qui a fait Pornography, s'est séparé. Après la tournée Desintegration, j'étais vraiment sur le point de tout lâcher. J'étais à bout, je me suis dit qu'il fallait que je prenne mes distances avec tout ça. Je suis resté chez moi quelque temps. Après Galore, en 1997, j'ai pensé que c'était fini. Mais je me sens mieux avec le groupe aujourd'hui qu'il y a dix ans... 

Il y a des artistes pour lesquels la musique est aussi essentielle que manger ou respirer, qui créent continuellement, qui ne peuvent pas s'en empêcher. Je pense que tu appartiens à cette catégorie. 

Ce n'est pas toujours facile à assumer, je me rends compte que je suis encore avec Mary, uniquement parce qu'elle a toujours été incroyablement tolérante envers cette flamme qui m'anime. Je ne vis que pour ma musique, le reste n'a pas d'importance.